Les restitutions

Les conditions de travail dans le secteur culturel : Où en êtes-vous ? Où en sommes-nous ?
Avec
Xavier Dupuis, chercheur au CNRS, maître de conférence à l'Université Paris Dauphine
Micha Ferrier Barbut, conseillère en management pour les structures culturelles
Thierry Nadisic, professeur associé à l'EMLYON business school
Modération
Marianne Rollet
Jean-Luc Tartera
Voir la captation
Le lieu culturel et son territoire :
(re)placer l’humain au cœur du projet artistique
Avec
Stéphanie Aubin, directrice générale de La maison des métallos (Paris) - SA
Sylvain Dépée, Directeur des Bains-Douches (Lignières-en-Berry) - SD
Modération
Sidonie Mézaize-Milon
Marianne Rollet
Lire le résumé

Quel changement de posture ? comment développer un lien nouveau avec les usagers ?
SA : démarche plus coopérative entre lieu/artiste/usagers, notamment dans la programmation en collaborant avec les usagers (ex : HUB METALLOS), mieux comprendre leurs besoins, désirs, au lieu d’occuper un territoire. C’est bien au cœur du métier d’artiste que de renouveler les approches, les processus.

SD : Création par le bas, avec un public fidèle. Territoire rural vaste qui paramètre beaucoup de choses (physique, géologique et sociologique). Passage d’un lieu programmé vers un lieu vécu, conçu pour qu’il y ait ce brassage.

Comment les tutelles réagissent à ce changement de temporalités ?
SD : Tisser de nouveaux liens tout en maintenant les existant, cela demande du temps. Il faut quitter la vision quantitative vers du qualitatif, inventer des nouveaux modes d’évaluation. On a une action extrêmement locale mais sur un large territoire. De plus, on agit pour une mission départementale et nationale avec le réseau SMAC. C’est la seule SMAC conçue pour la chanson française donc en lien avec le monde de la francophonie (Canada, Belgique …)
SA : Concernant les tutelles de la MM, la ville de Paris entend nos difficultés. Ce qu’on fait n’est pas nouveau mais le contexte l’est. L’art est le levier pour changer, accompagner les transitions (écologiques, rapport H/F), c’est cette capacité à s’entrainer à la réinvention.

Droits culturels et territoires ?
SD : ne pas se contenter d’une billetterie mais aussi montrer comment les artistes travaillent, le replacer dans son parcours. Déjà passer le seuil de la porte, beaucoup ne se l’autorise pas, on est là pour rappeler que ce lieu leur appartient car la chanson, ça appartient à tout le monde. On est là pour donner des clés, présenter de nouveau artistes.

Si on déconstruit la programmation, qu’est-ce qu’on construit avec le public ?
SA : Il faut décentrer la place du spectacle, diversifier les formats. Sans mettre les choses en opposition (spectacle également vecteur de participatif), il faut arrêter de « consommer », redonner de la liberté. La question, c’est l’art comme expérience : qu’est-ce que l’on met en partage ? On arrête de parler des artistes pour parler de ce qu’on va faire ensemble. Sans être clivant, en restant dans une posture de curatrice, en continuant de revendiquer une exigence artistique.
SD : Au sens positif du terme, il faut former une communauté. Elle est petite, les relations sont totalement interpersonnelles, on ne fait pas « pour » mais véritablement « avec » les publics que l’on rencontre, dans une relation horizontale, une médiation à hauteur d’homme. La matière chanson porte aussi à cette logique et cette démarche, elle aplanit vraiment les différences.

Les enjeux de la réouverture ? vos attentes ? interrogation sur le budget ?
SD/SA : Nous sommes privés de relation avec les artistes et les spectateurs. En supprimant les temps d’échanges, on appauvrit le lien social. Il faut re-tricoter les liens qui se sont distendus, faire en sorte que le public revienne avec une régularité, une joie. Il faut que le spectateur se sente à nouveau légitime de retourner dans cette salle, inventer de nouvelles façons de faire. La nouveauté crée souvent de la tension entre les équipes et il faudra veiller à cela car cela peut créer de l’inconfort. Il faudra être attentif au gens qui vont œuvrer et porter ces changements.

Manager dans une petite équipe :
la réalité de la plupart des structures culturelles
Avec
Simon Adinia Hanukai, directeur artistique de Kaimera Productions - SAH
Jihad-Michel Hoballah, consultant et coach en entreprise chez Omnicité - JMH
Mathilda Lacroix, responsable du département évènementiel et action culturelle de l'INALCO, Institut des Langues Orientales - ML
Modération
Marie Hedin-Christophe, directrice générale de La Lettre du Musicien
Lire le résumé

Le parcours de manager artiste
SAH : management très horizontal, organique, forte présence du consensus. Le « bébé » (la compagnie et le projet) : tous, dans cette perspective, se focalisent sur les besoins du « bébé ».

JMH : Notion de métier passion -> grande connexion personnel/professionnel, adhésion forte. Importance d’objectifs communs auxquels l’équipe doit adhérer, des objectifs à plusieurs parentalités, ce qui questionne l’évolution de ces objectifs. Difficulté à trouver un équilibre du volume d’activité du le projet entre les velléités du manager et les capacités de l’équipe.

Comment garder la motivation en temps de confinement alors que les projets s’annulent ?

JMH : la formation comme un élément clé pour donner de la perspective, se confronter à d’autres personnes. Pour le manager, cela permet de faire évoluer et nourrir le projet, dans les petites structures, il n’y a pas forcément de possibilités d’évolution de poste mais on crée de potentiel futures partenaires.

Comment gérer la projection que l’on a de soit même ?
ML: passée de jeune diplômée, stagiaire à responsable. Cela questionne la vision de nos propres capacités par rapport à des personnes plus âgées ou expérimentées ? En tant que responsable, c’est davantage les autres aussi qui forment notre position.

Le multitâche ? la polyvalence ?
ML : C’est le propre des métiers de la culture, le partage les tâches se fait en fonction de la taille des projets.
JMH : Il ne faut pas confondre multifonction, multiposte et polyvalence. 2 mi-temps peuvent faire un temps plein et être fait par une seule personne à partir de moment où les missions et rôle de chacun sont bien définis.

La question de la rémunération ?
SAH : C’est toujours un peu compliqué, Il y a d’autres moyens dans la reconnaissance.
JMH : missions en décalage avec la rémunération, contraintes financières des petites structures

Quel formalisme dans les relations de travail ?
JMH : bon équilibre à trouver. En tant qu’employeur, responsable du salarié, le formalisme est important dans la relation de travail.

La relation au travail - Le point de vue de l’artiste
Avec
Chloé Moglia, artiste performeuse, directrice artistique du Rhizome
Modération
Elsa Furtado
Virginie Savi De Tove
Lire le résumé

Fondatrice de la compagnie Le Rhizome, la circassienne et trapéziste Chloé Moglia inscrit sa démarche artistique dans la suspension. En se raccrochant aux branches, elle propose aux spectateurs qui la contemplent de s’extraire avec elle. Dans cette conversation avec Elsa Furtado et Virgina Savi de Tavo, elle revient sur le cadre de la résidence à la Maison des métallos, annulée en raison du contexte sanitaire, dont elle aurait dû profiter au mois de novembre 2020. Comment travailler quand tout est différent ? Comment même continuer à vivre ?

 

Les idées en elle bouillonnent et pourtant c’est la conviction d’un ralentissement global ou plutôt au choix de l’attention auquel Chloé Moglia appelle. En réponse au manque d’espace partagé en ville, elle imagine notamment créer un « jardin des attentions » dans lequel les passants seraient invités à prêter attention aux choses et à leur écosystème, « à ramasser des escargots ou écouter les rythmes cardiaques ». En proposant une alternative à l’accélération globale, l’artiste espère provoquer un changement de focale : « si ce sont les montagnes qui attirent notre œil dans un trajet de TGV, le même paysage nous invitera à regarder les fourmis et les pâquerettes sous le prisme de la déambulation ».

 

Par sa pratique même, Chloé Moglia s’oppose à la facilité : « l’état de conscience dans la suspension est une nécessité, si j’ouvre la main, je m’expose à la mort ». Contre la « méditation » qu’elle juge être une pratique du bien-être, elle rappelle qu’il est normal pour l’homme de souffrir bien que « l’on ne puisse pas vivre uniquement dans la verticalité des questions ». Dès lors, « la survie tient à l’insertion d’un espace de rationalité horizontale ».

 

Prolongement de la performance, c’est également au poids des mots que la circassienne s’attache : « Les mots charrient beaucoup de choses : c’est un très heureux problème ». Alors par exemple, que signifie l’Art ? Chloé nous montre comment ce mot infini permet d’activer des libertés et d’autres temporalités. Zone vibrative, le mot « Art » ne sert à rien mais donne prétexte à éprouver, toutefois « même derrière l’artiste qui semble fou, il y a une rigueur immense ». Finalement, Chloé Moglia conclue en nous livrant sa définition : « en se mettant à regarder véritable quelque chose, il peut s’ériger en production et dès lors le processus artistique peut s’initier ».